[Randonnée] D’Auxerre à Vézelay, et tout est repeuplé

Entre Auxerre et Vézelay, le GR13 propose un tracé d’une soixantaine de kilomètres et un dénivelé positif d’environ 1400 mètres. Le dimanche 29 avril à l’aube, plusieurs centaines de marcheurs se sont élancées sur la distance à l’occasion de la 49ème édition de la marche organisée par le Club Alpin Français d’Auxerre. Récit.

 

Sur la route de Compostelle…

20180429_060648Matinal. Il est quatre heures du matin et le réveil a encore une heure de répit avant de se faire haïr. Enfin, aujourd’hui non, il passera son chemin. Pas moi. Le sommeil se fait rare dernièrement et voilà votre narrateur déjà sur le pied de guerre après à peine une poignée d’heures passée dans les bras d’un Morphée capricieux. Une douche, un short, des tennis et c’est parti pour le point de ralliement perché sur les hauteurs de la préfecture de l’Yonne, dans le quartier des Piedalloues. Il fait encore nuit et l’on observe une chaussée laissée détrempée par un léger orage nocturne. Pas de chaleur accablante en vue, un adversaire en moins pour braver les 58 kilomètres à venir. La maison de quartier où se réalise le check-in – matérialisé par la remise du gobelet et de la carte de ravitaillement – grouille de randonneurs que l’on devine aguerris aux longues distances. C’est une portion du chemin mythique des pèlerins de Compostelle à laquelle nous avons donc décidé de nous mesurer. Tous s’élancent, il est six heures.

Il aura fallu attendre un peu plus d’une demi-heure après le départ pour voir le peloton s’allonger. La première descente (parfois) vertigineuse vers Champs-sur-Yonne a ralenti les plus prudents et fait s’échapper les plus téméraires. Le village, lui, est éteint. Une éclaircie tente néanmoins de violer sa tranquillité, à l’instar de l’infime brèche parfois laissée par un volet craquelé et dans laquelle s’engouffrerait un soleil curieux et impoli. Les groupes de randonneurs se forment et se déforment, les corps en forme et les démarches assurées. Les sourires sont encore de mise à l’heure de croiser la route départementale 606 dont la traversée est soigneusement régulée par les bénévoles du Club Alpin. 

C’est en se laissant guider vers Irancy que nos jambes nous rappellent le caractère vallonné des coteaux du Coulangeois : un premier raidillon casse l’allure de marcheurs grimaçants. Mains posées sur les hanches et regards au ciel pour certains, posture horizontale et confessions (très) intimes avec le vignoble pour d’autres. Finalement, la difficulté fut brève, mais intense. « Il faut suivre les drapeaux polonais ! » clame plus tard mon compagnon de route…référence aux couleurs du balisage de l’itinéraire de Grande Randonnée n°13 (qui rallie Fontainebleau à Bourbon-Lancy) et qui nous mène en ce jour à la colline éternelle.

Ne pas subir, être et aimer

IrancyAuxerreVezelayHuit, neuf, dix, onze et puis quinze kilomètres…Irancy nous présente sa plus belle carte postale alors que nous descendons vers elle. La prestigieuse histoire des vins de l’Yonne se dresse devant nous, sans pour autant que nous nous y attardions. Le tracé contraignait quoiqu’il en soit à un contournement des rues de la commune. Deux ans plus tôt, la Saint-Vincent tournante nous aurait reçus et pris dans ses entrailles. Mais à la sortie du village ce dimanche, ce fut malgré tout le temps des vendanges. Un hasard habile en forme de clin d’œil. À y regarder de plus près, nous subissions les effets du premier « ravito » effectué dans les vignes du Douzein.

Enfin, c’est Cravant, autre point de départ de marcheurs bien décidés à cravacher. L’église Saint-Pierre et le lavoir nous saluent paisiblement alors que nous tentons de calquer notre rythme sur celui d’autres marcheurs plus loin. « Le rouge là-bas, il avance bien ! On essaie de le reprendre avant Accolay ! » lance-t-on. Notre retard est refait avant même la localité des célèbres potiers. Nous traversons une seconde fois la D606. Diable ! Nous sommes déjà à mi-parcours : orteils et mollets encaissent le poids des kilomètres sans coup férir. Le respect d’une hydratation et d’une alimentation régulières favorise notre bonne progression, tout comme le port de souliers ad hoc, solides alliés dans notre quête de Sainte-Marie-Madeleine.

L’Yonne passe le témoin à la Cure. Nous disparaissons enfin dans la forêt, celle qui jouxte la célèbre abbaye de Reigny. Je me vois narrer l’histoire du lieu par mon valeureux co-randonneur…et j’en perds finalement le fil lorsque résonne mon dernier lien avec le monde moderne. Je donne donc signe de vie après avoir appliqué depuis l’aube mon devoir de déconnexion. Tout va bien. Nous reprenons enfin le fil de notre pérégrination et tâchons de ne pas perdre de vue le drapeau polonais, bien que parfois trompés par des variantes jaunes, bleues ou noires. Vézelay se rapproche et les silences sont plus longs, traduction d’une fatigue qui s’installe doucement.

À Vézelay, le final prophétique

AuxerreVezelayLes haltes sont rares, nous nous arrêtons aux points de ravitaillement prévus par l’organisation. Le Vaudonjon, La Jarrie… Nous arpentons des localités hors du temps et tentons de déchiffrer l’histoire de certains de leurs bâtiments morcelés et quelques-fois dévorés par la nature. Nous portons également un regard sur l’aventure humaine au travers de discussions qui nous emmènent jusqu’à la République Centrafricaine des années 70, une technologie approximative et l’histoire d’hommes qui n’avaient d’autre choix que de marcher loin et longtemps. Et le cœur meurtri d’entendre un air les ramenant à l’essentiel : ♪…Dos besos llevo en el alma, llorona, que no se apartan de mí…el último de mi madre, y el primero que te di…

Et nous y sommes. Vézelay est là, en ligne de mire. Le binôme centenaire arrive sur la colline éternelle, d’un pas endolori mais toujours aussi décidé. Au bout du chemin, il trouvera un peu de gloire personnelle après une dernière épreuve, celle infligée par des dieux toujours capricieux. Après dix heures idylliques, voilà que le ciel se teint, voilà que le ciel gronde, et voilà que le ciel punit. À quelques encablures du dernier chemin tant redouté menant à la Chapelle de la Cordelle, c’est l’épreuve du temps qui vient devancer celle du relief. Le déluge se déverse et frappe. Littéralement. Imprévisible et prophétique. Le temps lavant les peines physiques et les marques corporelles laissées par le chemin…offrant un nouvel apparat pour l’effort ultime. Et nous y parvînmes. Preuve s’il en est que le temps guérit bien des souffrances…

A.B.

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