[Spectacle] Desclos, le non recommandable recommandé

David Desclos, sa gueule et son histoire vous sont racontées à l’Apollo Théâtre, à deux pas d’une « République » à qui l’ancien tôlard a joué bien des tours. Mais ça, c’était avant. Avant que ce bonhomme sincère et sensible ait choisi la voie d’une certaine rédemption, aujourd’hui dans son premier spectacle au titre sans équivoque : « Écroué de rire ».

Difficile d’imaginer la charge mentale à supporter par ce type en cavale. Vingt minutes, deux heures, trois semaines, six mois, deux ans… sa paranoïa s’accentue au fur et à mesure que la durée de sa virée dehors s’allonge. Dehors, mais enfermé. Car tous les regards que David Desclos croise le renvoient à sa propre suspicion. Ses geôliers sont partout dans son esprit, et bien invisibles pour tous les autres. Ou presque. Une vie où le vendeur de glaces est probablement un agent de la DGSI n’en est plus une. Il semble impossible de vivre à course perdue, où la méfiance est de mise à chaque instant. Dans cette course qui se mesure en temps et non plus en distance, la disqualification est inévitable si l’on entend un jour franchir la ligne d’arrivée. Celle d’une cour de cassation, par exemple. À quoi bon retarder l’échéance ?

« Les jours ne sont pas éternels disait un astre au soleil. Le tour du monde ça je sais faire, depuis toujours, toujours » ; ces paroles signées Louise Attaque peuvent bien traduire le psyché de David lorsque sa vie a basculé. Lorsqu’il en a eu marre, lorsque sa tête a finalement levé le voile sur le cœur, avec la volonté véritable de déguster librement les fruits les plus doux de la vie. Alors on se laisse guider par la raison, à force d’avoir épuisé son esprit à la haine, à la rancune, à l’injustice de la vie. Car la vie est certainement plus chienne quand on naît dans le « neuf-trois », à Sarcelles. C’est un chemin de filouteries, de « petits coups »… et de plus gros ensuite. Puis une sombre histoire de braquage. Suffisante pour être condamnée sur le premier miroir de France, c’est la postérité d’un 20 heures il y a un peu plus de vingt ans. Bravo David.

Toutes les vies de l’auteur se mélangent dans Écroué de rire ; l’avant, l’après, le pendant. Et on y trouve malgré tout une certaine harmonie, car l’amalgame des ingrédients – 100% naturels – est réussi. Il y a cette capacité, par la gouaille et l’auto-dérision, à transformer l’austérité de l’univers carcéral en quelque chose de chaplinesque. David Desclos a ses textes, mais les spectateurs de l’Apollo auront pu apprécier sa gestuelle et son occupation de la scène. Surprenants de prime abord, singuliers, mais indispensables à l’immersion dans ce récit de vie.

On ne peut pas (et on ne pourra jamais) plaire à tout le monde. Dans Écroué de rire, la narration de David Desclos n’a pas pour vocation à exempter les actes, ni à relativiser la peine des victimes, quelles qu’elles soient. Bien au contraire, l’exemple (sic) est présenté pour ne plus être reproduit. C’est lorsque les projecteurs s’éteignent que l’on comprend enfin que l’homme de 48 ans n’occupait pas seul la scène. Dans ce face-à-face orchestré par Desclos, il y avait aussi David, 15 ans. Lui-même, bien sûr, et dans son ombre tous les autres gamins. C’est par une petite porte que l’on quitte l’Apollo, avant d’arriver sur un immense couloir et une verrière offrant de faux airs du décor principal de The Shawshank Redemption. A contrario ici, la sortie définitive se fera par la grande porte.

A.B.


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Crédit photo
daviddesclos.fr

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