[Trail] Chez les Sénons, les traileurs dégustent

Les pentes qui jalonnent le Domaine des Sénons (89) ont donné du fil à retordre aux participants de son trail, premier du nom. Que ce soit sur le « 8 » ou sur le « 16 », les chemins paronais ont offert des dénivelés vertigineux (D+ 324 et D+ 648).

Samedi 9 avril, la question du matériel à choisir pouvait donc se poser : piolets et crampons… ou habituelles chaussures de trail ? S’il ne s’agissait pas là d’une épreuve d’escalade, la Bosse à Ruscon en épousait bien quelques aspects. Certains l’ont gravie deux fois, les plus téméraires le double. À l’instar d’Alain Ruscon à qui l’événement rend hommage, personnage discret mais tellement investi dans la vie associative et sportive du Sénonais. Le tout jeune Domaine des Sénons, aventure familiale dont il fut l’un des initiateurs, lui devait ce clin d’œil. Le domaine de six hectares fait revivre un vignoble du Sénonais disparu il y a plus d’un siècle, lorsque le phylloxéra en eu raison à la fin du dix-neuvième. Aujourd’hui, Frédéric Duponchel, Marie Ruscon-Duponchel et Florian Ruscon administrent l’exploitation de ce bout de renaissance.

Un seul mot : « Confiance »

L’essor des compétitions de trail ces dernières années – et leur très grand nombre – rend impossible tout travail de comparaison. De façon très chauvine, nous nous accorderons néanmoins à penser que peu d’épreuves dans l’hexagone égalent aujourd’hui la côte de Paron et la Crève-cœur quant au rapport distance-dénivelé (si vous avez des preuves du contraire…). Gageons modestement qu’il s’agit du trail le le plus dur de Bourgogne. Reste à savoir s’il s’agit d’une bonne publicité pour cette course… ou d’une belle excuse pour se réfugier à l’abri de la douleur. Voire un prétexte pour aller se nicher dans le chai du domaine et déguster à sa façon le pied de vigne, pendant que d’autres se les usent âprement. En ce début de printemps, le temps d’une journée, ce n’est plus le phylloxera mais d’autres petites bêtes qui sont venues coloniser les terres sénonaises. De Paron… à Paron, en passant par les communes de Gron et de Collemiers.

C’est parti. La meute descend le mur de vignes qui se présente à elle et son effroi tient tant à l’inclinaison qu’à la boue qui jonche cette première grosse difficulté. Ce sont les genoux qui commencent par trinquer, on n’ose pas encore penser aux coupes de la récompense. De métaux et de breuvages. Cela sourit ensuite quelques mètres avant de devoir, ô surprise, rallier de nouveau le point d’arrivée pour compléter ce qui constitue une première boucle du parcours. Les muscles sont chauds. L’organisation est optimale, un constat particulièrement rare pour la première édition d’une telle course. Les 600 participants ont été choyés par Hélène Ruscon et l’ensemble des organisateurs. « Santé pour nos gosiers, santé pour nos mollets » ; telle pourrait être la devise du trail. « Un seul mot : Confiance » convient elle aussi parfaitement, leitmotiv affiché en tête de bosse et né de l’esprit d’Alain Ruscon.

Voilà que nous prenons la direction de chemins relativement moins corsés. Enfin… Après avoir traversé la route nationale, les traileurs de la Crève-cœur peinent à relancer l’effort quand il faut aller tutoyer les hauteurs de Collemiers, dans le bois là-haut. Ce qui crève le cœur et le corps prend aussi le pas sur le mental ; « C’est qu’il va falloir se la farcir une deuxième fois » lâche-ton dans les rangs. Ceux-ci sont disséminés et la moyenne horaire tombe. Le sage conseille de se préserver avant le nouvel abîme qui pourrait se présenter plus loin, vers Gron. Ça redescend ensuite, évidemment, puis remonte de plus belle. Peu importe, cela fait bien longtemps que l’idée de faire un chrono a été abandonnée. L’Yonne est un long fleuve tranquille que l’on contemple au gré de collines malicieuses, de montagnes rusées qui laissent peu l’occasion de se rassurer sur quelques encablures de plat. Et avec elles les foulées plus sereines qui les accompagnent parfois, lorsqu’il n’est pas encore temps de poétiser.

Nous voilà sur un autre registre. Il est plutôt temps de penser à sa famille qui attend là-haut, de penser aux frangins Meunier qui vont nous tirer la bobine glorieuse, et plutôt dix fois qu’une. « P****n de jambes, pourquoi s’être encore lancé là-dedans. Ah ouais… ce sentiment de plénitude à l’arrivée, le repos du guerrier… et finalement un peu moins l’amour de l’effort. » Tu seras un traileur mon fils doit nous souffler quelque part Alain ‘Kipling’ Ruscon. On s’en va finir ces deux boucles, on s’en va finir tout ça. Ça, non plus le trail le plus dur de Bourgogne, mais le trail le plus dur sur Terre. À l’instant T, comme pour chaque type dans ce fichu monde avec un dossard sur le dos, c’est toujours la pire course. Et malgré tout, elle nous y reprendra quand même la prochaine fois, appelez-la plutôt l’Attrape-cœur.

Merci à la famille Ruscon de nous offrir ce (petit) boulevard de liberté.

A.B.


Podium – La côte de Paron (8 kms) :

  1. MAREGGINI Lorenzo (0:33:33)
  2. CARREZ Émilien (0:35:08)
  3. VALLET Mathieu (0:37:32)

Podium – La Crève-Cœur (16 kms) :

  1. FAUVEL Gwendal (1:09:12)
  2. CERVEAU Axel (1:10:28)
  3. DEGHAM Toumy (1:10:57)

Crédit photo
Patrick Delostal, Alexandre et Mickaël Meunier

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