[Foot] Roux, le père éternel

Jeudi 18 octobre 2018, les titres de presse épuisent les qualificatifs pour décrire la trajectoire d’un homme emblématique. Guy Roux fête ses 80 ans, salué par tous ceux qu’il a bercés d’un amour paternel, mais aussi par le souvenir fervent de milliers d’anonymes. Comme un père.

Sorties médiatiques, ouvrages, souvenirs personnels : le natif de Colmar a aussi construit sa légende loin des terrains, au travers de centaines d’anecdotes semées ici et là. Des morceaux de vie souvent teintés d’humour mais traduisant autant la fermeté que la malice et l’intelligence du personnage. Guy Roux a grossi le trait, s’érigeant presque en caricature de lui-même, comme en ce 19 mars 1997 où les 21.500 spectateurs du stade de l’Abbé Deschamps voient déambuler sa silhouette – nerveuse – le long de la touche, pour aller récupérer un ballon englouti par les spectateurs de l’une des travées de l’enceinte. Coup de pub, coup de bluff ? Ce soir-là, « son » AJ Auxerre disputait un quart de finale retour de Ligue des Champions face au futur champion d’Europe, le Borussia Dortmund et son Ballon d’or Matthias Sammer.

De la loyauté et des hommes

C’est ainsi que l’homme est aimé – ou du moins son image -, caractériel et gueulard ; en un mot : authentique. À l’image de l’Yonne, territoire paysan d’éducation(s) stricte(s) et d’intransigeance, avec comme outils de travail, l’humilité et l’effort silencieux. « L’éleveur de champions » dépeint dans les médias gaulois fut le guide de nombreux jeunes hommes, sur et en dehors des terrains : citons Jean-Marc Ferreri, Éric Cantona, Basile Boli ou Djibril Cissé, plus récemment. Avec lui, ceux-là se sont affirmés en adultes et n’ont jamais manqué de souligner le rôle de l’homme au bonnet dans leur émancipation. À chaque fois, dans leurs mots, l’expression d’un respect profond, et parfois sur leurs visages, les yeux humides d’une reconnaissance éternelle. Ces témoignages sont la confession d’un investissement sans faille pour des hommes et un club qu’il a mené de la Division d’Honneur régionale aux hautes sphères européennes. Cette ascension est régulièrement rappelée au moment de faire sa présentation. Néanmoins, selon Roux, l’éloge affaiblit l’homme… Alors il n’a jamais cessé d’avoir ce réflexe protecteur envers lui-même,  préférant rappeler l’empreinte laissée par ses prédécesseurs illustres, parmi lesquels Pierre Grosjean (premier entraîneur officiel du club) et surtout (l’abbé) Ernest Deschamps (fondateur de l’association pour la jeunesse auxerroise).

Dans les années quarante, la guerre contraint sa famille à quitter l’Alsace et à rejoindre l’Yonne, avec Appoigny comme point de chute. Depuis toujours, l’Auxerrois d’adoption rayonne par sa simplicité – dans le sens le plus noble du terme – sachant s’affirmer comme homme de terroir, et à la fois VRP de luxe du Chablis, entre autres. Guy Roux le globetrotter ne cache pas ce rôle d’ambassadeur, lui qui totalise quatorze Coupe du Monde de football à son actif, tantôt dans les apparats de spectateur, de journaliste… ou de membre du cortège présidentiel. Sa pugnacité et la ruse déployée pour l’accomplissement de ces « voyages d’affaires » témoignent d’une passion illimitée qui transpire lors de chacune de ses sorties médiatiques. Parfois raillées, les prises de position du « sorcier bourguignon » sont marquées par un souci du détail rare et des références à son propre vécu. Toujours savoureux.

Un héritage bleu-blanc-Roux

En juin 2005, Guy Roux quittait le banc ajaïste pour aller soulever une quatrième Coupe de France, trophée intimement lié avec son feuilleton auxerrois. Cette fin en apothéose n’a pour autant jamais signifié la fin de sa longue histoire bleue et blanche. Bien au contraire, aux abords du stade de la route de Vaux, sa présence régulière prouve toujours son affection pour ce qui est « son enfant », en quelque sorte. Depuis 2012, les résultats de ce protégé tant aimé n’invitent plus à l’optimisme, mais  sur ses murs, l’immuable inscription demeure : « L’AJA est bâtie sur pierre, l’AJA ne périra pas« . Un matin d’hiver en semaine, son passage éclair le long tribune d’Honneur est remarqué timidement par la demi-douzaine de curieux venus assister à l’entraînement de l’effectif professionnel. « Bonjour Monsieur Roux » adresse respectueusement l’un d’eux, sans plus d’effusion. En réponse, l’habitué des lieux depuis 1952 acquiesce du regard, ses lèvres se joignent pour offrir un sourire discret. Une scène habituelle. Tandis que l’homme rejoint la sortie dans un anonymat qui lui convient, un enfant interroge quelques mètres plus loin : « C’est Guy Roux, papa ? ». Revient alors un souvenir de famille, éternel.

A.B.

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